le séjour aveyronnais - Pentecôte 2010

(récit d'un week-end cyclo à Saint-Sernin sur Rance par Pierre)

Ce week-end de la Pentecôte 2010 s'annonce sous de bons hospices. Le soleil et la chaleur semblent vouloir être au rendez-vous alors qu'il neigeait encore sur les sommets de Lozère la semaine précédente et que nous grelottions tous à l'Ascension. Passer de l'hiver à la canicule estivale en si peu de temps est saisissant !

Ce vendredi après-midi, j'ai rendez-vous avec Christian devant Planète 2 roues vers 17 h 00 pour partir en direction de Saint-Sernin sur Rance dans l'Aveyron où nous devons rejoindre en début de soirée les autres membres du club : Yves, Bernard, Manu, Julien, Pétou, Robert, Pierre (Chanial). De son côté, Fred (l'Auvergnat) arrivera tôt le samedi matin.

La pagaille de la circulation mendoise liée aux travaux en cours et un camion bloqué sous le pont de la voie ferrée à la sortie de Mende nous font perdre un peu de temps mais nous arrivons finalement au centre d'hébergement Valrance à l'heure prévue. Pour notre confort, nous sommes logés par deux dans des chambres prévues pour quatre personnes, dans un bâtiment qui nous est entièrement réservé. Mais nous ne sommes pas seuls, le bâtiment voisin est occupé par des groupes de marcheurs.

Après que chacun d'entre nous s'est installé, nous nous retrouvons pour notre premier dîner dans une salle qui, là aussi, nous est exclusivement réservée pour tout le week-end. La bonne humeur s'installe très rapidement lors de ce repas très copieux mais il faut aussi aborder un sujet plus délicat : suite à la démission des président et vice-président du club, il nous faut renouveler le bureau lors de la prochaine réunion le 3 juin sinon le club n'y survivra pas ! Tous les prétextes et ruses sont bonnes pour essayer de persuader l'un des copains mais cela ne semble pas porter ses fruits. On verra bien…


samedi 22 mai

Après une bonne nuit de sommeil, nous nous retrouvons pour le petit déjeuner vers 8 h 00. Grâce aux fiches de circuit cyclo qui nous ont été fournies, nous avons déjà une bonne idée des possibilités de balades qu'offre cette région. Pour ce samedi, nous optons pour la découverte de la vallée du Rance et du Rougier de Camarès, avec un parcours d'une centaine de kilomètres sur la journée. Avant d'aller se préparer, nous récupérons le pique-nique que le cuistot nous a concocté.

Alors même que chacun d'entre nous vérifie soigneusement son vélo, Fred nous rejoint. Vers 9 h 00, nous sommes tous prêts et c'est le départ sous un soleil magnifique et un ciel bleu sans nuage. Nous quittons Saint Sernin en direction de Saint Affrique par la RD 999 où la circulation est encore faible malgré ce long week-end.
au moment du départ

Il ne nous faudra qu'une poignée de kilomètres pour effectuer un premier arrêt : la température est déjà très agréable et beaucoup d'entre nous en profite pour quitter les coupe-vents, brassières ou jambières, enfilées plus par habitude que par réelle nécessité au moment de partir. Un peu plus loin, nous quittons cet important axe routier au profit de petites routes qui serpentent au gré des collines et vallons entre les bois et les prairies de fauche où les agriculteurs s'affairent à la récolte du foin.
le monastère de Notre-Dame d'Orient

Ici, c'est le pays du Roquefort et les camions assurant la collecte du lait sont très fréquents. La brebis y est reine et nous ne tarderons pas à en croiser quelques troupeaux avant d'arriver au monastère bénédictin de Notre-Dame d'Orient pour une petite pause à l'ombre des marronniers.

Nous reprenons ensuite la route en direction du village de Saint Maurice par un petit raidillon, où, sur le bord de la chaussée, nous avons largement le temps de voir une pierre-menhir très fréquente dans la région au vu des nombreux panneaux indicateurs qui jalonnent notre chemin tout au long de ce week-end. Cette petite route déserte qui nous amène jusqu'à Combret constitue un véritable régal pour le cyclotourisme.

Après un long faux plat, voici enfin une descente rapide jusqu'au village qui domine, perché sur la ligne de crête, la paisible vallée du Rance. A la demande de quelques uns, et surtout de Fred dont le petit-déjeuner pris à 5 h 00 du matin est déjà dans les talons, nous entamons notre vaine quête d'un sacro-saint café et finissons par nous renseigner auprès d'un habitant qui nous invite à rejoindre Belmont sur Rance dix kilomètres plus loin.
le village de Combret

Nous poursuivons donc notre lente remontée de la vallée pour, enfin, apercevoir le magnifique clocher de l'église et avoir le droit à un moment de repos bien mérité. Désormais, l'agréable sensation de fraîcheur matinale laisse place à la toute aussi agréable sensation de châleur digne des plus belles journées estivales. Revigorés par un copieux ravitaillement, nous reprenons le chemin de la vallée du Rance sur une route au gabarit de plus en plus petit au fur et à mesure que nous nous approchons des sources. Les pentes des collines s'accentuent, le lit de la rivière se creuse et les dernières prairies ont laissé place aux bois de feuillus.
Miam, baffre, scrounch !

L'heure du pique-nique approchant, nous faisons halte sur un petit pont qui enjambe le Rance, au village de Pébounet. A l'ombre bienfaisante d'un noyer, assis sur les parapets, nous déballons le contenu du sacque nous a préparé le cuisinier. Au menu, saucisse sèche, côte de porc, chips, 2 morceaux de pain, un fromage frais, un fruit et une compote qui nous permettent de bien récupérer des efforts de la matinée.

Vérification faite qu'aucun déchet n'a été oublié (le cyclotouriste se doit d'être scrupuleusement
respectueux de l'environnement s'il veut pouvoir en admirer la beauté, n'est ce pas ?!), nous continuons notre remontée du Rance jusqu'au carrefour de Mounes où nous bifurquons vers Camarès, dans la vallée du Dourdou. Pour y parvenir, il faut franchir le col du Pas du Loup à 717 m d'altitude (le seul col de ce séjour). Son versant sud peut paraître assez facile mais la longue descente sur Camarès laisse présager d'une difficulté plus grande pour ceux qui s'attaqueraient au versant nord.

L'arrêt au café de Camarès s'impose pour se désaltérer et pour admirer le vieux pont qui enjambe le Dourdou. Six kilomètres après le village, nous bifurquons sur la gauche en direction de Rebourguil. Les paysages se métamorphosent radicalement : les forêts ont disparu au profit de l'agriculture et de sa mosaïque de parcelles. Le grès, qui donne cette couleur si caractéristique aux sols de la région, est visible partout autour de nous, sur le plateau.

A Saint Pierre, nous coupons la RD 999 où la circulation s'est maintenant densifiée, pour rejoindre la vallée du Gos, un affluent du Tarn, que nous descendons sur une douzaine de kilomètres, de nouveau entre prairies et forêts. Le compteur indiquant déjà près de 80 km, nous stoppons notre lente descente vers le Tarn pour entamer le retour vers Saint Sernin par de petites routes de campagne. Mais la fatigue à laquelle s'ajoute la chaleur que l'organisme supporte mal rendent difficile toute nouvelle ascension et il en reste encore un bon nombre avant l'arrivée ! C'est pourquoi une nouvelle halte, cette fois au café de Farret, est la bienvenue pour se désaltérer, remplir les bidons et se requinquer. Une fois reparti, René s'aperçoit qu'il y a oublié sons casque au bas de la descente, l'obligeant ainsi à remonter pour le récupérer.

C'est ensuite une longue succession de faux plats qui nous attend dans la vallée de Saint-Juéry jusqu'au hameau de La Trivalle où nous retrouvons la RD 999. A partir d'ici, le groupe se scinde en deux. Les premiers rejoignent Saint Sernin directement par cette route et les seconds optent pour un retour par Anglas et Monteils, itinéraire plus bucolique.
dans le vallée vers Saint-Juéry

Pour ces derniers, les jambes se font de plus en plus lourdes et pour certains qui n'ont pu rouler aussi souvent qu'ils l'auraient souhaiter, les petites cotes disséminées un peu partout rendent les derniers kilomètres très durs.
Mais cet effort est très largement récompensé par la beauté des paysages, la tranquillité de ces roues de campagne et une belle descente finale de 5 km qui nous amène directement à la terrasse du café de Saint Sernin où, chose étonnante, nous nous arrêtons longuement.

En face de nous, nous découvrons la statue représentant Victor, l'enfant sauvage de l'Aveyron qui fut capturé ici le 8 janvier 1800. Ensuite, nous retrouvons les copains au centre après une superbe balade de 105 km et 1550 m de dénivelée.

Plus tard dans la soirée, le repas aveyronnais est animé par des discussions sur la présidence du club et un exposé scientifique, plus particulièrement médical, que nous distille savamment Christian et que Fred et moi-même tournons en dérision fur et à mesure dans l'hilarité générale. René, qui est quelque peu souffrant, décide de rentrer chez lui le soir même, notre groupe étant alors réduit à 9 cyclos. Encore plus tard, c'est avec un plaisir non dissimulé dans notre lit beaucoup plus douillet que la selle de vélo, le rendez-vous étant donné le lendemain matin à 8 h 00 pour le petit-déjeuner.


dimanche 23 mai

Au réveil, la troupe fait preuve de nettement moins d'enthousiasme que la veille, la nuit n'ayant pas effacé toutes les traces de fatigue. Après un petit-déjeuner pris en groupe, nous nous retrouvons vers 8 h 45 pour décider du parcours du jour, tous habillés, prêts à enfourcher le vélo et à découvrir de nouveaux horizons malgré les jambes un peu raides, sans oublier notre sac pour le pique-nique.


Aujourd'hui, nous choisissons un itinéraire d'environ 80 km qui doit nous amener à la découverte des vallées du Tarn et du Rance, dans sa partie en aval de Saint Sernin. Le départ se fait toujours par la RD 999, mais en direction l'Albi cette fois. Le ciel bleu et le soleil sont encore fidèles au rendez-vous.
Manu, dans la première ascension de la journée

Nous avons fait à peine 2 km pratiquement intégralement en descente que voici la première difficulté du jour. Pour quitter la vallée du Rance, il nous faut affronter une cote de plus de 6 km avec des passages assez raides : la carte d'un célèbre manufacturier de pneumatique au Bibendum indique 2 chevrons trois fois de suite, ce qui constitue un met de choix aussi tôt dans la journée ! Par chance, la circulation est faible en ce dimanche matin et les nombreuses voies de dépassement permettent aux cycles et automobilistes de ne pas se gêner.

Au sommet, les premiers s'arrêtent au croisement d'une petite route pour un regroupement général. Tout le monde en profite pour se rafraîchir car la chaleur se fait déjà sentir dans cette longue ascension. Jusqu'à Saint Alban, à 18 km de Saint Sernin, la route offre de nombreux panoramas mais aussi une belle série de faux plats aussi bien montants que descendants et même quelques petites cotes. La première halte s'y fait au café, avec un détour par la boulangerie pour améliorer l'ordinaire.

C'est ici que nous quittons (presque) définitivement la RD 999 pour gagner la vallée du Tarn par une longue descente de presque 8 kilomètres à travers les bois et les prairies, dominée par le château de Saint André. A Villeneuve sur Tarn, nous franchissons la rivière qui offre un tout autre visage qu'en Lozère, pays de ses sources, avec ici un lit très large où les eaux s'écoulent paisiblement.
le château de Saint André, perché sur sa colline

Après Trébas, sur la véloroute du Tarn, notre parcours nous emmène en direction de Requista en remontant la vallée du ruisseau de la Roque
Robert et Yves, au sommet de la cote

Cette longue ascension de plus de 6 km se fait majoritairement en sous-bois dont l'ombre est vraiment appréciable par cette chaleur. En plus, la pente régulière permet de bien caler son rythme mais avec la longueur et la fatigue de la veille, certains peinent un peu mais ce n'est pas grave car les copains attendent tranquillement à l'ombre au sommet ou redescendent à leur rencontre.

Il reste encore 7 kilomètres pour arriver le bourg de Requista, situé dans le premier canton moutonnier de France selon le panneau à l'entrée du village. Chose étrange, nous apercevons quelques bovins mais aucun ovin qui semble être à l'abri dans les bergeries pour se protéger de la chaleur. Notre premier réflexe est de trouver un café où l'on peut pique-niquer. C'est chose faite dans la rue principale du bourg et très vite nous commençons à déballer le contenu du sac préparé par le cuistot : au menu ce midi, pâté, fromage de tête, rôti de porc, quelques morceaux de pain, chips, fromage frais, yaourt et banane.

A la reprise, la chaleur devient écrasante et la moindre petite brise est la bienvenue pour se ventiler un peu surtout lorsque la route s'élève. Mais pour l'instant, nous piquons droit sur la vallée du Tarn pour rejoindre le petit village de Lincou par une belle descente de 5 km très rapide, car assez pentue et peu sinueuse.

Au village, l'alternative qui s'offre à nous pour gagner la vallée du Rance est la suivante : soit nous empruntons la route principale sur une vingtaine de kilomètres mais elle offre, semble-t-il selon la carte, une succession de cotes et descentes semblables à celles faites la veille, soit nous longeons la vallée du Tarn en rive droite en passant par le château de Lincou aménagé en restaurant jusqu'à l'usine hydroélectrique située à la confluence du Rance et du Tarn. C'est cette dernière solution que nous choisissons.
le château de Lincou

Seulement deux ou trois véhicules viennent troubler la tranquillité de cette petite route qui présente l'intérêt non négligeable d'être parfaitement plane. Le passage sur la rive gauche de la rivière s'effectue au niveau du barrage pour commencer la remontée du Rance que l'on pensait, à tort, assez facile. Après quelques kilomètres, la route s'élève brutalement. La chaleur, l'exposition au plein soleil et la fatigue impose à tous un braquet " tout à gauche ". Les premiers arrivés au sommet du raidillon se précipitent sur les quelques mètres carrés d'ombre salvatrice qu'offre un pauvre arbre isolé en bordure de route, suivis par tous les autres en l'espace de quelques minutes.
la vallée du Rance à Plaisance

Tant bien que mal, nous finissons par arriver à Plaisance où l'église perchée sur son promontoire, domine la vallée. Deux pêcheurs s'adonnent à leur passion et me donne envie de les rejoindre pour se rafraîchir les pieds dans l'eau… Il reste alors une douzaine de kilomètres pour retrouver Saint Sernin. Robert, Pétou et moi-même formons le «groupetto» pour terminer cette randonnée ensemble, solidaires après 80 km et près de 1 200 m de dénivelée.

Lorsque nous arrivons à Saint Sernin, les copains nous attendent à la terrasse du café où nous nous empressons de les rejoindre. Dans les rues du village, c'est la Ronde du Rance, une fête avec des groupes folkloriques qui arpentent les rues, des ateliers créatifs, des jeux pour enfants sans oublier un marché aux produits locaux pour le plus grand bonheur de tous. Après deux tournées et un bon moment de repos, nous nous dirigeons vers le centre pour une bonne douche rafraîchissante. Avec la chaleur, le ciel se charge de plus en plus, l'orage semble proche mais n'a finalement pas lieu.

Au cours du repas du soir, nous reprenons notre discussion sur la présidence du club mais aucune solution ne semble apparaître, du moins au niveau des cyclos présents. Espérons que des bonnes volonté émergeront lors de la prochaine réunion du club, faute de quoi cela pourrait être la mort du club et l'anéantissement d'années d'effort pour développer le cyclotourisme en Lozère et dans la région mendoise en particulier…

Au moment du dessert, Robert, qui a bien caché son jeu, nous fait une très agréable surprise : c'est son anniversaire et il nous offre un délicieux gâteau préparé par le cuistot. Merci Robert ! Le début de soirée se déroule pour quelques uns au foyer devant une vieille télévision ou autour d'un tout aussi vieux billard tellement fatigué qu'il est presque impossible d'y jouer. Les autres choisissent le calme de leur chambre pour s'endormir rapidement.
le gâteau d'anniversaire de Robert


lundi 24 mai

C'est une nouvelle journée ensoleillée et très chaude qui s'annonce dès le matin mais les vélos restent dans les chambres en attendant d'être chargés sur les voitures. Nous avons tous décidé de flâner dans le village ce matin plutôt que de rouler.
à la terrasse du café

Le petit-déjeuner pris, nous préparons tous les valises en vue du départ en début d'après-midi puis, par petits groupes, nous rejoignons le village et sa désormais traditionnelle terrasse de café. La visite du vieux bourg se fait à travers les ruelles en privilégiant les passages ombragés car la chaleur est déjà intense.

Après avoir découvert l'église, les vieux ponts sur le Rance ou son affluent, nous faisons un ultime passage au café avant de retourner au centre pour le déjeuner.

Après ce dernier repas, il reste encore à charger les vélos avant de reprendre la route en direction de Mende. Dès le départ, le thermomètre de la voiture indique une température de 26° à 28° C. Il continue à faire très chaud mais comme il n'est pas nécessaire de pédaler pour avancer, on transpire beaucoup moins !

Il ne reste plus qu'à espérer que ce superbe séjour à Saint Sernin sur Rance ne sera pas le dernier mais qu'il en appellera beaucoup d'autres, et pourquoi pas de nouveau dans ce centre où nous avons été si bien accueilli et où il nous reste tant de routes à découvrir…



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