Yves et la Luzette - mai 2011

(récit d'une randonnée souvenir par Pierre)

Yves Malzac et la Luzette, c'est avant tout une randonnée cyclotouriste en souvenir de notre copain de route qui nous a quitté il y a déjà deux ans. C'est aussi l'histoire d'une vieille envie inassouvie : celle d'Yves et de l'ascension du col de la Luzette depuis Le Vigan dont il nous avait souvent parler au sein du club et que le temps ne nous aura pas permis de réaliser ensemble. En hommage à notre copain qui appréciait tout particulièrement les ascensions difficiles, nous nous étions promis d'affronter ce redoutable col mais le mauvais temps nous avait obligé à annuler cette sortie à l'automne 2010. Alors cette année, nous n'allions pas laisser passer la moindre occasion de la faire.

Le rendez-vous est donné le samedi 7 mai dernier, à la salle des fêtes de Meyrueis, à 9 h 00, pour affronter un parcours sur la journée concocté par Vivi et que l'on sait être d'une grande difficulté. Certains d'entre nous ont déjà soufferts dans la Luzette à deux reprises lors de nos précédentes balades via Vallerauges. La première fois, il aura fallu pousser le vélo dans les parties les plus pentues et la seconde, de nombreux arrêts auront été nécessaires pour reprendre son souffle et des forces…

Au fur et à mesure des arrivées, nous nous retrouvons à une quinzaine au départ, accompagnés des épouses de Bernard et Christian ainsi que de son petit-fils, qui nous suivront en voiture tout au long de la journée, nous évitant de devoir trimbaler le pique-nique avec nous ce qui s'avérera une très bonne chose.
au moment du départ

Le départ est donné vers 9 h 30 tout doucement sous le soleil parfois voilé mais avec un vent soufflant assez fort en rafale du sud-est qui ne présage rien de bon. Pour l'instant, nous sommes à l'abri dans cette longue cote de 5 km, à travers la forêt de Roquedols, qui nous amène au Bout de Cote où nous quittons la Lozère pour entrer dans le Gard. Au sommet, nous nous regroupons et les derniers d'entre nous qui ne l'avaient pas encore fait, enfilent leur veste ou coupe-vent. Après quelques instants de repos, nous entamons la courte descente vers la plaine agricole de Lanuéjols avant de franchir les quelques hectomètres qui nous séparent encore du col de Montjardin. Malgré de nombreux nuages à l'horizon, le panorama sur les sommets boisés et les gorges du Trévezel est toujours aussi magnifique.
le panorama sur l'abîme de Bramabiau

Passé le col, la route pénètre dans la forêt du mont Aigoual nous abritant ainsi du vent dont les rafales font danser la cime des arbres. Quelques kilomètres plus loin, nous nous retrouvons tous au panorama de l'abîme de Bramabiau pour une photographie souvenir avant de descendre sur Camprieu et le ruisseau du Bonheur…

Notre chemin se poursuit le long de la vallée boisée du Trévezel jusqu'au col de Faubel. Ce versant n'offre pas vraiment de difficulté avec seulement 180 m de dénivelée depuis Camprieu, sans gros pourcentage. Au sommet, par prudence au vu des difficultés qui nous attendent plus loin, Jacques préfère faire demi-tour et rentrer en raison d'un gros rhume qui le gêne énormément pour respirer.

Le vent se fait maintenant nettement plus sentir et il faut à nouveau enfiler les vestes, les coupe-vents et les brassières qu'on avait quitté dans l'ascension du col pour rejoindre la haute vallée de la Dourbie et ses magnifiques paysages puis le col du Minier. Là aussi, la difficulté du parcours est encore faible avec quelques petites montagnes russes sans trop de dénivelée et nous permet de nous économiser pour la suite.

Comme il ne nous reste maintenant qu'une vingtaine de kilomètres de descente sur Le Vigan avant d'attaquer la très longue remontée sur la Luzette, nous décidons de casser la croûte au sommet du col, en se mettant à l'abri du vent. Nous profitons des tables de pique-nique ou des rochers au soleil pour déballer les sacs et glacières du coffre de la voiture et reprendre des forces à grand coup de salades de pâtes, n'est-ce pas Bernard !
C'est bon les pâtes !

Après cette pause bien agréable, nous nous habillons chaudement pour cette longue descente car le vent souffle toujours en rafale mais le soleil est de plus en plus discret et le ciel de plus en plus couvert. Malgré cela, les vues sur ces vallées cévenoles sont superbes. Un premier arrêt après le col de la Broue, que personne ne remarque car nous le faisons en descente, offre un panorama sur le Serre de la Toureille et les lacets du col de la Luzette qui s'accrochent à ses flans. Un peu plus loin, un nouvel arrêt au panorama de la Cravate nous dévoile les vallées environnantes.
dans la descente vers Le Vigan

Passés ces quelques kilomètres où la prudence est de mise en raison d'un revêtement bosselé et par endroit fraîchement gravillonné, les suivants sont d'excellente qualité et nous permettent d'en profiter pleinement dans une longue succession de virages. Il faut faire attention toutefois car il ne faut pas louper le carrefour, où sur la gauche, une toute petite route en forte pente (la carte du Bibendum indique 15 %) doit nous permettre de ne pas descendre jusqu'au centre du Vigan.

Certains d'entre nous s'arrêtent au carrefour pour se dévêtir, les autres au sommet de ce petit raidillon quelques hectomètres plus loin. Nous profitons tous de cette petite pause pour se rafraîchir car, avec une descente de plus de 850 m, la température est désormais très agréable. Après quoi, nous reprenons la route vers le col des Maurezes à 537 m d'altitude avant une courte descente jusqu'à Mandagout. Nous voici maintenant au pied du col de la Luzette, avec un peu plus de 800 m de dénivelée et une série de lacets mémorables à franchir.

Dès le début de l'ascension, notre peloton se dissémine progressivement au rythme des ruptures de pentes. Un petit groupe de 5 cyclos, dont je fais partie, se forme à l'arrière mais il explose assez vite aussi et chacun monte selon ses capacités physiques. Maintenant, il va falloir vraiment appuyer sur les pédales, même avec tout à gauche. Yves doit rigoler en nous voyant…

Lorsque le physique commence à faiblir, il faut que le moral tienne dans une ascension aussi difficile que celle de la Luzette et c'est le cas pour moi qui ferme la route aujourd'hui avec Christian. Mais il me suffit de me souvenir de la raison pour laquelle je suis venu rouler ce jour pour continuer à appuyer sur les pédales, un peu mécaniquement quand même.

Cela ne m'empêche pas de faire un premier arrêt dans un lacet à l'ombre pour souffler un peu et boire un bon coup. Un second suit un peu plus loin à environ 1 km du Pas de Cote, dans la partie qui me semble la plus pentue et où je m'étais déjà arrêté lors de mes précédents passages.
pas encore au sommet mais le plus dur est passé !

J'y rejoins Christian, Bernard tout aussi fatigués que moi et nos accompagnatrices. Nous en profitons de nouveau pour souffler, grignoter une barre de céréales et se désaltérer avant de repartir pour enfin arriver au Cap de Cote, à 1189 m d'altitude. Le petit-fils de Christian nous encourage au bord de la route. Même si le plus dur est passé, nous ne sommes pas encore arrivé au col de la Luzette à 1351 m. Il me faut même pédaler avec le plus de souplesse possible car les muscles des cuisses sont au bord de la crampe. Après coup, il s'avérera que beaucoup d'entre nous ont souffert et auront dû s'arrêter par moment dans cette ascension.
enfin au sommet de la Luzette

Les plus costauds sont déjà arrivés depuis longtemps lorsque j'arrive enfin au sommet du col de la Luzette mais tous m'ont attendu malgré la fraîcheur et le vent, ce qui est vraiment super sympa. Après un bon ravitaillement, nous faisons une photographie souvenir devant le panneau du col en pensant à notre copain Yves qui aurait tellement aimé être parmi nous aujourd'hui.

Par la suite, nous descendons rapidement vers l'Espérou dans l'espoir d'y trouver un café pour y boire un coup mais tous sont fermés ce samedi après-midi, en cette saison ! Nous poursuivons donc notre route en direction du col de Faubel où nous reprenons en sens inverse notre parcours matinal. Comme le vent n'a pas tourné, il est désormais favorable la plupart du temps et la courte montée du col se fait assez facilement. Après Camprieu, la petite remontée jusqu'au parking de l'abîme de Bramabiau est même assez facile grâce à un sympathique vent dans le dos. Avec Vivi qui roule à mes cotés, on se dit que c'est probablement Yves qui nous aide ! Mais cette aide est de courte durée car, un peu plus loin, au moment où l'on se dit avec Vivi qu'on ne reviendra pas tous les ans, un fort vent de face nous ralenti brutalement. Il faudra se désavouer et se promettre de revenir plus souvent pour que ce vent cesse. On a certainement fâché notre copain Yves…

Au col de Montjardin, tout le monde s'est arrêté pour une dernière photographie souvenir. Au loin, vers l'Aveyron; le ciel noir laisse présager une pluie imminente. Désormais, le soleil a disparu définitivement. Il ne nous reste plus que la montée jusqu'au Bout de Cote pour retrouver la Lozère puis Meyrueis après une belle descente.

Au final, nous sommes tous arrivés fatigués, parfois crevés ou lessivés mais cette randonnée aux paysages superbes de plus de 100 km, avec 2100 m de dénivelée quand même, a été un régal et un bel hommage à notre copain. Il n'y a qu' à regarder le profil du col pour se rendre compre de la difficulté !

Salut à toi, Yves !
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